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Suite des défis de l'adventisme. (V) « Faire réseaux localement » en respectant le balancier identitaire.

150 église adventiste, 150 ans, adventiste, adventismeLe dilemme adventiste a été depuis longtemps souligné par Henri Desroche dans son étude sur les millénarismes. Les groupes millénaristes, dont les adventistes en sont un exemple fort, espèrent la parousie. Ils croient en la venue (retour) du messie pour installer un nouvel ordre mondial où l'harmonie en toutes les instances du vivant seront une réalité. C'est l'instauration du paradis que j'ai très mal résumé ici (mais ce n'est pas l'important).
Le paradis n'étant pas de ce « monde », faut-il s'investir pour son évolution. La réponse millénariste est souvent double, comme c'est le cas dans l'adventisme. Premièrement, il est nécessaire de sensibiliser tous les individus pour qu'ils aient une ascèse (une pratique religieuse, citoyenne et une moralité) en phase avec les exigences théologiques, comprises par le groupe à la lumière de la lecture du texte biblique et de son histoire. Pour y arriver il faut s'investir, se rapprocher des individus, s'impliquer dans la vie sociale. A contrario, cela demande un paradoxe. Il faut sensibiliser tout en se démarquant. Sensibiliser les acteurs sociaux sur l'inéluctabilité de la fin de ce monde impose de prendre des distances avec la société. En même temps il ne faut pas trop s'écarter de celle-ci pour toucher les individus. Il faut bien comprendre que se démarquer est essentiel. C'est un acte qui pose bien la différence du groupe, son identité par rapport aux autres discours religieux. Prendre de la distance, en plus de son éventuelle légitimité théologique, est un acte social majeur pour bien être identifié et définit dans l'espace social. Mais trop se démarquer c'est aller à la marginalisation. Le risque serait de devenir inaudible et donc de ne pas arriver à sensibiliser. Ce serait l'échec même de la notion d'église ! Il faut trouver le juste milieu.

Le balancier identitaire.
L'adventisme, compris dans sa dimension millénariste, peut être défini comme un mouvement de balancier. Plus précisément, c'est ce que j'appelle le « balancier identitaire ». Le groupe oscille en permanence entre désir d'éloignement et nécessité d'être en contact avec la société.

Tout l'enjeu est donc la nature du mouvement de balancier, ou pour rester dans l'image, je parle d'amplitude (du mouvement). En permanence il faut veiller à être au contact de la société et d'un autre, à ne pas y être confondu pour bien affirmer son identité millénariste. Cette dernière a en son centre la parousie et une critique morale.
Comment donc faire un mouvement de balancier qui arrive à sensibiliser tout en se démarquant ? L'une des solutions encore extrêmement balbutiante est le rapprochement local. De quoi il s'agit ? De l'intégration adventiste dans les tissus locaux. Les églises adventistes sont aujourd'hui référencées dans les annuaires, mais il existe peu ou pas de liens avec les institutions locales à quelques exceptions (Neuilly, Colonges sous Salèves, Montpellier...). Les membres des églises adventistes sont des individus de pls en plus impliqué dans la vie sociale. Par contre, l'église qui oriente le sens l'est moins voire pas du tout.

La voie du réseau local.
Les églises adventistes commencent seulement à raisonner leurs actions dans un écosystème religieux. C'est de plus en plus le cas depuis l'adhésion à la FPF qui permet de ne pas nécessairement considérer les autres groupes religieux comme des concurrents (Voir ce que j'ai déjà indiqué sur ce point). De plus en plus de pasteurs adventistes sont invités par des groupes religieux et invitent d'autres leaders religieux. A cela s'ajoute, une orientation des liens vers les décideurs locaux. Maires, conseillers municipaux, députés, acteurs associatifs... reçoivent des invitations adventistes surtout autour de l'action sociale. Des manifestations plus classiques sont aussi des occasions de plus en plus saisies. Je prends l'exemple de la fête de la musique qui me semble un « détail » révélateur. Le chant étant très prisé par les adventistes, des groupes de jeunes avec leur identité religieuse participent à des concerts en extérieurs. Des chorales adventistes chantent dans des églises catholiques. Je crois (sans être certain, cibler une intensification de cela vers 1993. À vérifier.

Pour mener des actions sociales et de solidarité, de plus en plus d'associations adventistes s'appuient sur d'autres structures localement (Resto du Coeur, Croix Rouge...). Finalement, l'adventisme fait réseau localement. Il tisse de plus en plus de liens, et encore une fois c'est principalement autour de ses actions qui sont à l'interface du religieux et des attentes sociales.
Cette stratégie montre une meilleure acceptation d'un choix très ancien des dirigeants adventistes qui voient là, un moyen de répondre plus efficacement aux attentes de la société française. L'important est plus de tisser des liens efficaces socialement, que de réaliser coûte que coûte une activité évangélique qui entraînerait un rejet. Toutefois, il s'agit d'une expression de la missiologie adventiste et très indirectement d'une perspective d'évangélisation. Ce deuxième volet n'étant pas indispensable. La priorité est de répondre aux besoins des individus.

Finalement, prenant en compte la difficulté de se faire connaître positive par une approche spirituelle strico sensu, l'adventisme revient à un autre de ses fondamentaux qu'est l'action sociale et solidaire. L'efficacité de cette stratégie passe par une meilleure insertion dans les réseaux locaux des églises. Les réseaux de proximités sont donc l'un des défis en cours de l'adventisme. Il reste à voir les formes, succès et insuccès qui en découleront.

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